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Pourquoi les humains sont-ils si féroces ?

Pourquoi les humains sont-ils si féroces ?



Telle est la question que se posait Mistigrette, la chatte de la maisonnée. En ce début d’hiver, elle était confortablement lovée dans sa panière garnie de gros coussins douillets. Et elle goûtait à la chaleur diffuse de la cheminée. Mais impossible de se laisser aller à la rêverie, au plaisir de ne rien faire, les cris stridents de sa maîtresse lui encombraient les tympans. Et son vieux bonhomme qui répondait en tapant contre les murs ou en cassant des objets sonores. « Et tout ça pour des broutilles ! » se dit-elle. Elle appréciait bien ses maîtres pourtant. Ils la traitaient avec beaucoup de respect et sa gamelle était toujours bien remplie. Mais là, ils exagéraient. Toujours ces disputes, ces cris incessants. Cela lui semblait si facile de profiter de l’instant présent.

Ces maîtres n’étaient malheureusement pas les pires. Elle recevait souvent la visite de sa cousine Grisonne, chatte de gouttière de son état, qui aimait récolter et colporter toutes les histoires de ce vaste monde. Elle lui racontait les atrocités des guerres que les hommes se faisaient entre eux. Elle lui expliquait alors l’ingéniosité avec laquelle ils fabriquaient de nouvelles armes non pas pour chasser, ni pour se nourrir comme tous les prédateurs, mais pour tuer le plus efficacement possible un grand nombre de leurs semblables. Parfois, Grisonne parlait aussi de ces pays où les enfants et leurs parents ne trouvaient rien à manger ni à boire. Elle s’étonnait alors de récupérer dans les poubelles tous les restes, de la nourriture en abondance, que les hommes d’ici dédaignaient. Ces humains formaient une espèce bien à part, la seule qui ne veillait pas à sa propre survie.

«Et oui, pensa Mistigrette, ils croient dominer le monde. Ils s’étendent, ils construisent mais voilà ils détruisent aussi ! » Elle songeait aux vastes champs qui entouraient la maison lors de leur arrivée, ces espaces de liberté où elle aimait jouer et découvrir cette vie à foison dans les herbes hautes. Plus rien n’existait. Ils avaient entassé des maisons les unes sur les autres et construit des tas de routes qui s’entrelaçaient dangereusement. Mistigrette n’osait plus sortir, elle regrettait ses jeux d’alors. Et puis la maison s’était peuplée peu à peu d’objets insolites et variés. Elle était curieuse au début mais elle avait vite compris qu’ils étaient tous aussi inutiles qu’encombrants. L’espace semblait se rétrécir autour d’elle, autour d’eux. « Les hommes oublient l’essentiel », se dit Mistigrette surprise par le silence soudain de la pièce. Les portes avaient claqué, les voitures démarré, ses maîtres couraient à présent après leur travail et ils ne rentreraient que tard dans la nuit. Elle savourait le calme retrouvé et ne comprenait pas pourquoi les hommes avaient inventé cette activité, le travail, qui occupait presque tout leur temps.

Mistigrette ignorait que ses maîtres n’avaient plus le choix. Pour rembourser cette belle maison et tous les ornements entassés dedans, ils avaient cumulé plusieurs emprunts. Mais elle se rendrait vite compte, à la vue de sa gamelle, combien ses maîtres étaient endettés et qu’ils ne pourraient plus subvenir à leurs besoins. En effet, face à la spirale financière qu’ils avaient déclenchée, ils furent totalement démunis. Mistigrette retrouverait alors les grands espaces lors de la vente de la maison et sa cousine Grisonne l’aiderait à s’adapter au monde extérieur si hostile.

Leïla T