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Equllibre fragile



Je n’ai pas souvent faim, ou plutôt, je n’ai pas le temps d’avoir faim. Je trouve qu’on passe trop souvent à table. Ce soir, devant mon assiette, je me disais que d’être grosse, ce serait peut-être bien. L’embonpoint donne de l’importance, on prend tout simplement plus de place.
Tiens, rien que dans la pièce où je me tiens, cela ferait déjà quelques atomes de plus à moi, et un peu moins d’air.
Faudrait-il que j’ouvre la fenêtre pour laisser sortir l’air en trop, celui, chassé par mes molécules supplémentaires?
Ce serait idiot, où irait-il? Il se répandrait dans le jardin, où il y avait déjà assez d’air et certainement pas besoin de mon air en rab.
Il serait obligé d’aller plus loin, mais il n’aurait sa place nulle part.
Cet ajout imprévu risquerait de créer une pression excédentaire dans l’atmosphère, qui pourrait engendrer, du même coup, une catastrophe climatique. Oh, pas un cataclysme gigantesque, non plus, mais tout de même! Quand on voit ce que peut faire le battement d’ailes d’un papillon!
Je crois que le jeu n’en vaut pas la chandelle. Je ne me risquerai pas à l’expérience, ne serait-ce que pour le bien de tous mes frères terriens.
Et puis mon plat a refroidi.

jeanne