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Coups de sonnette insistants. J'ouvre un oeil. 10 h. Seulement quatre heures

que je venais de le fermer.

Jamais personne ne vient sonner à la porte, jamais le téléphone ne retentit.

Jamais rien ne vient troubler ma solitude. Il suffit d'une nuit d'insomnie,

d'une grasse matinée espérée pour...

Un ¦il glissé en catimini derrière le rideau du fenestron découvre le

facteur! Il tient un colis dans les bras et s'apprête à faire demi-tour.

Vite, la porte. Il était temps !



Je pose le paquet sur la table. Le tourne, le retourne. Je lis bien mon nom

et mon adresse tracés en lettres hésitantes, hélas je suis incapable de

déchiffrer cette calligraphie habilement dessinée par mon expéditeur.

Timbres et cachets ont trop longtemps voyagés pour laisser apparaître le

moindre indice. Cependant...



Je déchire le papier, sans hâte. Je soupçonne et ne veux précipiter la

surprise. Une boîte en carton, banale, grisâtre, sans signe, juste une odeur

qui me rappelle...

Je ferme les yeux. C'est la nuit limpide, transparente, froide; un feu

mourant, le silence troublé par les grognements des bêtes endormies.

C'est cela, l'odeur des animaux et de la fumée mélangée.



A l'intérieur un coffret noir, brillant, poli, sculpté d'arabesques en creux

et en relief. Un coffret en cuir de chameau. Je le porte à mon visage pour

le respirer. Non que l'odeur qui s'en dégage soit particulièrement agréable,

mais parce qu'elle a le pouvoir de me replonger quelques semaines en

arrière. Un souvenir encore vivace et qui n'est pas près de s'évanouir.



Je soulève le couvercle et découvre une forme indéterminée enveloppée d'un

tissu bleu. Pas n'importe quel bleu, le bleu lumière celui qui flotte

au-dessus des étendues ocre rouge. Ce bleu qui vibre dans les vapeurs

chaudes de la terre et qui s'évapore en vous laissant perplexe. Ai-je bien

vu ? Ai-je rêvé?

Cette vision qui va et qui vient. On n'est jamais seul dans cette immensité,

il y a toujours quelqu'un qui veille, qui protège. Quand on s'y attend le

moins, la forme bleue se recompose, au loin, dans l'horizon mouvant, elle

avance tremblotante, elle se précise, elle est là devant vous et arrête

votre bras au moment où vous alliez cueillir cette rose de sable éclose à

vos pieds.



Je déroule lentement, précautionneusement le morceau de tissu. l'objet roule

dans ma main, je sens ses arêtes, ses formes rugueuses. Un dernier tour et

là dans ma main : la rose du désert.



Il aurait été sacrilège qu'une main étrangère dérobe un trésor à cette

terre.

Mireille