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Cà naît comment la guerre, papa ?

Il savait d'instinct qu'il devait rester là, accroupi, ramassé, tassé, dans la partie obscure sous l'escalier. Il devait calmer sa respiration. Prendre de l'air à tout petit coup par le nez. Ne pas bouger en oubliant la douleur et l'engourdissement. Un vrai soldat ne se rend pas. Il était certain qu'il ne serait pas découvert. Il attendrait le moment propice : l'ombre s'épaississant, l'installation d'un silence profond après les cris et les débandades, le chant d'un oiseau, le bourdonnement d'une mouche. Il avait observé que ces deux là attendaient la sérénité pour revivre.



Là-haut, la bataille avait été rude. Les fantassins bien entraînés, courageux jusqu'à la folie, n'avaient évité aucun corps à corps. S'ils ne pouvaient plus manoeuvrer leur fusil,d'une main ils faisaient danser la baïonnette acérée pour un ultime combat sanglant. Mais l'ennemi avait progressé en piétinant les mourants. Les chars d'assaut avaient ensuite fait le ménage en grand.

Il se souvenait, juste avant la débâcle, de l'apparition d'un char noir, massif comme une montagne et de sa tourelle fureteuse. Une monstre de ferraille invincible qui percevait le moindre mouvement humain. Oh ! Si ses troupes avaient pu posséder un tel engin ...Il pestait intérieurement.

Tout cela c'était la faute de son père, influencé par sa mère bien entendu !



On le cherchait; On l'appelait. Allait-il se rendre ? Quelle heure pouvait-il être ? La faim commençait à l'asticoter. S'il n'y avait pas eu ce gros gâteau au chocolat qui attendait en tentateur averti au beau milieu de la table de la salle à manger !



Il se déroula précautionneusement, sortit prudemment de dessous l'escalier et tomba nez à nez avec Jérôme, le général en chef de l'armée ennemie, son ami.

Il tenait quelque chose dans la main. Allait-il le tuer ?



« T'es pas drôle, on t'attend pour manger le gâteau. Je te signale que tu choisis toujours la même cachette. Bon, je ne dirai rien et puis tiens, je sais que t'en crèves d'envie ».

Jérôme tendit un magnifique modèle réduit de char d'assaut noir, brillant comme un rêve de guerre.

Il rougit en prenant le cadeau mais tout aussitôt pâli en entendant Jérôme déclarer en s'éloignant : « Mon père va m'en offrir un encore plus beau à Noël ».



Décidément la guerre ne finirait jamais avec son ami.



FIN

EVELYNE W