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Syndrome de Stockholm

C'est le matin dans ma geôle. Le vasistas, au ras du plafond, laisse un rayon de soleil me caresser le nez. J'ai dû finir par m'endormir d'épuisement après avoir grelotté de terreur toute la nuit. Le vent du désert s' infiltre en poussière ocre qui s'accumule en petits tas.

Mon gardien m'apporte un verre de thé et une poignée de dattes qu'il pose près de mon matelas, à même le sol et il disparait en évitant de me regarder.

J'étais sortie du bar où je sirotais un cocktail avec d'autres journalistes. Brusquement, on me saisit par derrière, une main sur ma bouche m'empêcha de crier et je fus jetée dans un véhicule. Ils étaient deux, un au volant et un à l'arrière avec moi. Les phares éclairaient une piste qui se perdait dans la nuit sombre.

L'homme revient et me fait signe de le suivre dans le couloir vers d'infâmes toilettes à la turque. La faïence est si noire de crasse que rien ne laisse deviner qu'elle ait pu être blanche un jour. Je me débarbouille au petit lavabo de la même couleur. Il y a un savon et une serviette douteuse.

Les jours passent. Je suis recroquevillée sur mon matelas. L'angoisse du début a fait place à une grande lassitude et à une attente résignée. J'ai perdu la notion du temps. Parfois je distingue au loin le chuintement d'un transistor.

Aujourd'hui, mon geôlier m'a apporté une assiette avec de la viande, des légumes et un morceau de pain. Il a posé l'assiette et, contrairement à son habitude, a attendu un instant que je commence à manger. Je trempe des morceaux de pain dans la sauce et découvre avec étonnement que c'est délicieux. Je lui fais un sourire et, pour la première fois, il sourit aussi. Il me fait comprendre par des gestes que c'est lui qui a cuisiné. Je trouve la situation très cocasse. Bientôt, nous allons échanger des recettes!

Ce soir, je ne vais pas bien. Je crois que j'ai de la fièvre. Je frissonne et il me semble que ma tête va exploser. Je cogne mes poings contre la porte. Personne.

Alors je me couche en chien-de-fusil et je sanglote. La porte s'ouvre. Mon gardien m'observe de ses yeux de braise. Je lui montre ma tête. Il disparait et revient avec un verre d'eau et un médicament que j'avale. Il semble ennuyé et pose sa main sur mon épaule. Ce geste de compassion ne fait qu'accentuer ma détresse et je ne suis plus qu' un torrent de larmes . Alors, il prend ma main et m'entraîne hors de ma cellule. Nous prenons le couloir qui débouche vers la sortie. Je pose mon pied dehors et, aussitôt, le soleil brûlant m'aveugle. Je cligne des yeux. Il y a toujours ce vent de sable qui nous cingle et nous dessèche la peau. Je ne vois que du désert jusqu'à l'horizon. Mais c'est bon d'être sortie.

Cette nuit, ma migraine s'est calmée mais je ne dors pas. Une immense pleine lune baigne la pièce d'une lumière bleutée. J'entends l'homme aller et venir, il ne dort pas non plus. Alors, sans réfléchir, je cogne à nouveau à la porte. Il est là, juste derrière, je sens qu'il hésite. J'entends sa respiration. La clé tourne doucement dans la serrure et la poignée se baisse. Mon cœur s'emballe. Il y a une indescriptible moiteur dans l'air. La porte s'ouvre et je le vois dans cette lumière bleutée. Ses yeux noirs brillent et il sourit. Je sens ses mains sur mon visage. Ses lèvres m'effleurent. Nous sommes comme deux rescapés d'on ne sait quel naufrage qui s'agrippent l'un à l'autre pour survivre. Notre étreinte est violente, irraisonnée.

Bercée par le roulis du train qui traverse la plaine enneigée, le front appuyé contre la vitre, je pense au vasistas, au vent de sable. Je pense à lui et il me manque.



Fabinuccia