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LA VOIX

Elle se souvenait très précisément de l'instant où elle était tombée amoureuse. C'était un matin ordinaire de février à la mine barbouillée, crachotant une pluie fine, froide et insidieuse? Elle terminait la vaisselle encore vêtue de sa robe de chambre au couleurs fatiguées. Elle était laide à en effrayer son miroir.

Et ce fut le miracle !

La voix surgit dans son dos. Elle se redressa d'un coup, stoppa le jet d'eau et demeura pétrifiée.

La voix androgyne s'installa dans la minuscule cuisine qui fut repeinte de lumière papillon, de lumière oiseau de paradis, de lumière fleurs inventées.

Elle souriait, le coeur battant. Elle aimait. Elle grandissait avec la voix. Elle s'envolait.

Puis la voix se tut. Le banal, en poussière poisseuse, retomba sur les choses.



Elle eut envie de porter du rouge et souligna son regard agrandi d'un trait de crayon bleu. Elle se rendit à la bibliothèque qui possédait un rayon alléchant de musique.



« Je voudrais emprunter cette voix »

« Mais bien entendu. Dans quoi ? » demanda l'accorte employée.

« Dans tout. Je l'aime. Je voudrais passer mon week-end avec elle ».

« Je comprends ».

Ainsi une autre femme aimait cette voix, une femme plus jeune, comme c'était bon de savoir que l'on pourrait parler de son amour à une oreille complice.

« Vous savez qu'il viendra bientôt donner un récital dans notre opéra ».

« Qui ? » demanda t-elle soudain réveillée.

« Mais celui a qui appartient cette voix ».

Elle s'en moquait bien !

C'était la voix qu'elle aimait de toutes ses fibres. Juste la voix.



FIN

EVELYNE W