Destination : 18 , Détournements majeurs.


Aladin

Aladin vivait dans un petit village de Perse, il y a très longtemps, du
temps des tapis volants et d'Ali Baba.

Le père d'Aladin décéda quand celui-ci a atteint trois ans. Il ne se

souvenait pas de lui.

Ses oncles vinrent le voir les premiers temps à l'occasion des fêtes

puis l'oublièrent totalement le laissant dans la misère.



Pour l'élever, sa mère peinait au dehors: travaux des champs par tous

les temps, travaux de couture chez les riches.

Elle voulait lui donner une éducation qui lui permettrait plus tard de

trouver un travail qui les sorte tous les deux de cette vie

de dénuement.

Il a été à l'école quelques temps puis, voyant sa mère prendre de l'âge

et peiner, les jours de froid, les jours de pluie ou en pleine

canicule, il abandonna totalement ses études pour aller apprendre un

travail en ville.



Il savait ce qu'il voulait devenir dans un ou deux ans.

Il fit le tour de cinq ou six bijoutiers, en quête d'un apprentissage,

quand enfin il tomba sur celui qui voulait bien l'engager.

Dans ses rêves les plus fous, il se voyait riche, détenteur du savoir

de ses maîtres.

Son patron lui signifia qu'il n'aura comme salaire que de quoi manger.

Il sera logé dans l'arrière boutique de la bijouterie et travaillera

quinze heures par jour.



Aladin était comblé . Bientôt, il pourra retourner chez lui, offrir à

sa mère une vie digne.



A la bijouterie, l'or arrivait par lingots tous les débuts de mois.

Aladin était intrigué: où donc son patron trouvait ces trésors bruts

qu'il transformait par le pouvoir du feu et de l'art en des colliers,

bracelets et bijoux divers, d'une beauté à vous couper le souffle,

certis en fin de fabrication des plus belles pierres précieuses,

ciselées et brillant de tout leur éclat.



Un soir, voyant son maître sur le point de partir, Aladin se prépara en

grand secret à le suivre.

Il sortit de la boutique et marcha derrière lui pendant deux heures. La

marche, la chaleur de cette nuit d'été et la faim manquèrent l'épuiser

mais il tint bon.



Au bout de ces deux heures de marche, il se retrouva aux abords d'une

plage rocheuse. Le bijoutier ne s'arrèta pas, il continua jusqu'à une

grotte et disparut à l'intérieur.



Aladin ne sut quoi faire: attendre que son patron sorte ou le suivre

dans cette grotte au risque de se faire prendre?

Il passa une demi-heure immobile, caché derrière un rocher puis, ne

tenant plus, il pénètra dans la grotte, le coeur battant.



Au début, il marcha à tâtons, ne pouvant rien voir dans l'obscurité. Il

n'avait prévu ni allumettes ni lampe à pétrole.

Cette grotte se révèla un vrai labyrynthe. A force de longer les

courbures, Aladin a perdu tout sens de l'orientation.



Il avait la désagréable sensation d'être seul dans ce qui ressemblait

plus à une tombe qu'autre chose.

Le bijoutier semblait avoir disparu: aucun bruit, aucune lumière ne

venait ni de près ni de loin.

A plusieurs reprises, il eut envie de retourner sur ses pas. La peur de

trop s'engager sans espoir d'issue et de rester bloqué dans cette

grotte, lui fit regretter cette expédition.

Mais à bien réflèchir: faire demi-tour ou avancer revenait au même, le

chemin inverse n'était pas évident à présent qu'il a tant tourné en

rond, lui semblait-il.



A boût de force, Aladin décida de continuer en avant sans trop

d'espoir.

A peine a-t-il fait quelques pas qu'il aperçut au loin une faible

lueur. Enfin! se dit-il, heureux de voir qu'il ne s'était pas trompé

dans son choix.

Il ne savait pas ce qu'il allait trouver devant lui, il avança

prudemment, évitant de faire du bruit avec ses savates trop lourdes.

Ses pas s'arrètèrent devant une grande salle éclairée de mille

chandelles accrochées les unes aux murs, les autres au toit de la

grotte.

Des coffres immenses jonchaient le sol.

Ouverts, leur contenu brillait à la lumière, la réfléchissant une

multitude de fois.

Le spectacle était éblouissant, Aladin dut se frotter dix fois les yeux

devant tant d'éclat , lui qui venait de sortir des ténèbres.



Il n'y avait personne dans cette salle, il s'avança du premier coffre:

des lingots d'or, il en était de même du deuxième et de tous les

autres.

Tant d'or, lui donna une sensation d'ivresse, il ne savait quoi penser

ni quoi faire ni s'il pouvait espérer emporter une infime partie de ce

trésor.



Affamé, assoiffé et surtout mort de fatigue, il finit par s'évanouir .

Il s'éveilla au son d'éclats de voix, d'une dispute entre deux ou trois

hommes.

Ses mains et ses pieds étaient ligotés, il était jeté dans un coin loin

des coffres.



Il vit trois hommes dont son patron assis autour d'une table basse, les

restes d'un repas devant eux.

Son estomac vide lui fit mal, il appella son maître mais il ne

l'entendit pas.

Il se mit à crier de toutes ses forces pour attirer son attention.



Furieux, le bijoutier se leva, le giffla et lui demanda ce qu'il

faisait dans la grotte.

Aladin ne sut quoi répondre, il s'excusa de sa curiosité qui l'a mené

jusqu'ici et demanda à rentrer chez lui.



Un clin d'oeil complice de son patron aux deux hommes fit comprendre à

Aladin qu'il y avait un secret partagé entre eux.

Changeant soudain d'attitude, le maitre se mit à parler à son apprenti

d'une voix doucereuse:



-" Petit, on ne s'attendait pas à ta visite mais tu tombes à point: la

grotte a subi un éboulement à son extrémité, celle d'où l'on sortait

les lingots que tu vois là et qui ont dû appartenir aux quarante

voleurs d'Ali Baba.

On n'a pu déplacer la roche qui en bloque la sortie que de quelques

centimètres.

Si tu peux sortir et avertir mon voisin pour qu'il ramène du confort.

Voilà, je t'offre une lampe que j'ai trouvée en ces lieux: toi qui

aimes tant lire, elle te servira sûrement et t'éclairera dans ton coin

à la bijouterie. "



Aladin ne pensait qu'à sortir de ce gouffre, en sortir même sans l'or

qu'il était venu chercher.

Il sauta sur l'offre, prit la lampe des mains de son maître, se dirigea

vers la sortie, s'aplatit du mieux qu'il put entre la roche et le mur.

il se félicita d'être si mince et si souple. A force d'ondulations, tel

un serpent, il finit par voir le jour.



Il courut de toutes ses jambes à la boutique, se jeta sur sa couche et

dormit d'un profond sommeil.

Quand il s'est réveillé à l'aube, il se rappella de la lampe, il ne sut

comment l'allumer, il n'y avait pas de mèche.

Au bout de trois ou quatre minutes passées vainement à examiner la

lampe de près, Aladin la jeta sur le sol par dépit.

Il s'attendait à la voir voler en éclats. Mais quelque chose, qu'il ne

devina pas amortit le choc de la lampe et juste au moment où elle a

touché le sol, elle se mit à diffuser une lumière rosée qui donna à la

chambre une ambiance féérique.

Bientôt une musique remplit l'espace, la chambre fut très vite envahie

par une dizaine de jeunes filles, plus belles les unes que les autres,

revêtues de soie diaphane.

Habillées ainsi, elles lui donnèrent l'impression d'être un bouquet de

roses multicolores . Elles dansaient d'un pas léger au rythme de la

musique.



Aladin ébloui par la beauté, la danse, les couleurs, finit par

s'assoupir encore une fois, oubliant sa faim.

Le lendemain en se réveillant, il crut avoir rêvé le spectacle, ce

n'était la lampe qu'il retrouva dans sa forme première à ses côtés.



Il oublia son patron, n'étant pas sûr qu'il allait lui pardonner son

intrusion dans la grotte.

Il chargea l'or de la réserve de la bijouterie sur une charette et

repartit chez lui.



Là-bas, il ouvrit sa propre boutique et laissa libre cours à son

imagination pour la fabrication des bijoux.

Parfois l'inspiration lui manquait, il s'isolait alors dans une chambre

obscure, allumait sa lampe et se laissait emporter par la magie du

spectacle. Ces jours-là, ses bijoux étaient de véritables chef

d'oeuvre.



Son goût pour les belles choses, sa grande sensibilité et sa générosité

firent que sa boutique ne désemplissait pas.

Il devint riche mais nullement orgueilleux.



De temps en temps des remords le prenaient: son patron, l'or de son

patron mais trè vite, il balayait tous ses srupules:

S'il n'avait pas suivi le bijoutier ce soir-là, il serait resté de

toutes façons dans la grotte.

Quant à l'or, si son patron, sortait, il en aurait tellement qu'il ne

s'apercevrait même pas de la disparition de celui de la boutique.



Ainsi Aladin et sa mère vécurent longtemps riches et heureux.





Ameline