Destination : 68 , Partir


Partir

Samedi 3 juin 2006


Partir !
Partir pour fuir, fuir, mon quotidien.
Tout me pèse, tout est devenu trop lourd à porter,
Tout est devenu trop fade, tout m’est corvée.
Plus rien ne me transporte vraiment,
Plus rien ne me réjouit vraiment.
Je suis absente, je fais semblant,
Je suis lasse, vide, vide de sève nourricière.

La maison ? Beaucoup s’en contenterait, beaucoup en rêverait,
Je l’ai voulu, je m’en suis détachée.
Elle m’empêche de prendre mon envol, me retient prisonnière.

Mon travail ? Il ne me passionne plus, il ne me correspond plus,
Sentiment d’en avoir fait le tour, envie de tirer ma révérence.

Les instants passés en famille ? Ils ne me sont plus suffisants,
Ils n’ont plus la même saveur, je m’y ennuie presque,
Impossible de m’abandonner, la magie s’est enfuie.

Nous deux ? Plus vraiment sur la même longueur d’ondes.
Petit à petit une distance s’est installée entre nous.
La distance, au fil du temps, a fait place à l’indifférence.
Rien vu venir, trop pris dans le tourbillon des jours.
Trop de non dits, trop de chemins parallèles.
Deux routes qui n’arrivent plus à se croiser, à se rejoindre.
Impression qu’il serait préférable que je débarrasse le plancher.

Conscience d’avoir toujours vécu pour et par les autres.
Et aujourd’hui envie de naître, de mettre les voiles.
Pendant des années, repas, courses, maison, travail, enfants.
Asphyxie !

Il ne reste rien, que la fatigue. Et moi !
Qu’est ce que je fais de moi, de ma vie ?
Maintenant que les enfants sont grands,
Prendre mes jambes à mon cou.

Le monde ? Il m’effraie, je ne le comprends plus, il m’insupporte.
Trop de violence, trop de misère, trop d’égoïsme.
Etrangère sur cette terre, m’extraire de la folie du monde.
Déguerpir pendant qu’il est encore temps,
Ne pas plonger définitivement dans les abysses de la folie.
Panique !

Peur, perte de repères, de cohérence,
Tête prise dans un étau, sang qui cogne aux tempes, yeux qui brûlent.
Telle une mouche prise dans une toile d’araignée prête à être dévorée,
Se débattre en vain, pas de solution à l’horizon.
Angoisse !

Pour ne pas se noyer, pour ne pas perdre la raison,
Et si la vie s’arrêtait là ?
Délivrance !

Image fugitive, sourire des enfants,
Un rayon de soleil vient caresser ma joue.
Soupirs !

Abandon, résignation, sagesse ou force vive tapie au plus profond ?
Magma incandescent qui remonte en surface,
Emergence, volonté de rebondir, de ne pas se laisser engloutir.
Lutter contre la folie, sournoise, qui guette.
Choisir un autre chemin et se reconstruire, aller enfin à ma rencontre.
Envie de soleil, de solitude, d’éloignement, de calme, de temps,
Résolument se mettre en marche, ne pas s’abandonner,
Survivre !

Expliquer, leur expliquer et s’en aller sur la pointe des pieds,
Cheminer vers un ailleurs qui me ressemble.
Partir !

Chrystelyne