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Destination : 358 , Illusions perdues

Illusions Retrouvées

Il y a longtemps, très longtemps je crois, j’ai perdu mes illusions. C’était, si mes souvenirs sont exacts, peu de temps après mon vingt-cinquième anniversaire. N’imaginez pas un évènement brutal ou violent, déclencheur d’une soudaine et douloureuse prise de conscience. Non, pas du tout. Pour moi, comme pour la majorité des enfants qui atteignent cet âge, ce fut un passage en douceur, sans que je m’en rende compte. Je ne me suis pas réveillée un matin comme cela. Je ne sais même pas si, à l’époque, j’en ai eu réellement conscience…

Avant cela, j’avais vécu une enfance tout à fait normale : comme tous les enfants, je croyais au Père-Noël, je comptais les frites dans l’assiette de mes sœurs, je jouais à cache-cache avec des amis incroyables que j’étais seule à voir, je volais dans les airs à la nuit tombée, quand personne ne pouvait me voir et, bien sûr, je savais que les adultes étaient des personnes merveilleuses mais parfois un peu inconstantes.

Mon adolescence a suivi le même chemin : d’accord, je ne m’envolais plus la nuit mais j’ai vécu des aventures extraordinaires avec de nouveaux amis, cette fois bien réels, qui par ailleurs, pour certains, le sont encore aujourd’hui. D’autres ont pris des chemins différents, nous nous sommes perdus de vus, éloignés, parfois trahis ou trompés. Bref, la vie a suivi son cours.

Je suis donc devenue adulte, comme presque tout le monde, j’imagine, si l’on excepte certaines âmes bienheureuses quoique souvent incomprises ou même méprisées. J’ai trouvé un travail, rencontré l’amour, à moins que ce ne soit l’inverse. Nous avons eu des enfants, qui ont, à leur tour, vécu cette époque enchanteresse des illusions merveilleuses. C’est à ce moment-là que, véritablement, j’ai compris que je les avais pour ma part bel et bien laissées en chemin.

Croyez-vous que j’en ai conçu de la nostalgie ? Même pas ! Je n’ai pas envié mes enfants de cette innocence, ni même retrouvé une seule miette de cet état d’esprit. J’ai assumé mon rôle de parent, attentif au bonheur et au développement harmonieux de mes enfants, parfois sévère et exigeante, toujours avec tendresse et bienveillance.

Et puis… Le temps s’est accéléré. Un soir, je leur ai raconté l’histoire de Peter Pan avant de s’endormir et, le lendemain matin, ils entraient à l’université. Ils ont quitté la maison, et construit leur nid, nous laissant retrouver la tranquillité de nos premières années, avec vingt ans de plus, ce qui changeait quand même un tant soit peu la donne.

Bon, pour faire court, ensuite, j’ai vieilli. Comme tout le monde, me direz-vous, et vous avez raison. Il y a d’abord eu le troisième âge, une période très heureuse : de nouveaux amis, la famille qui s’agrandit avec les petits-enfants, des voyages des activités. Je n’ai pas vu le temps passer.

Tout a changé quand je me suis retrouvée seule, définitivement. Seule et, disons-le tout de même, beaucoup moins alerte et dynamique. Alors je suis partie dans une résidence pour personne âgée. Je ne connaissais personne mais elle se trouvait tout près de mes enfants qui peuvent comme cela venir me voir souvent. Petit à petit, j’ai trouvé ma place même si, je dois le dire, je me suis beaucoup ennuyée au départ.

Et pourtant, croyez-le ou pas, c’est là que c’est produit un véritable miracle : j’ai retrouvé mes illusions ! Oh, certes, elles sont tout à fait différentes de celles de mes premières années, mais elles sont bien là. De nouveau, je crois au Bon Dieu, je compte les biscuits dans les assiettes des autres résidents, je joue aux cartes avec des personnes disparues que je suis la seule à voir et bientôt, je le sais, je volerai jusqu’aux étoiles pour les rejoindre à mon tour.

myriam