Destination : 220 , Des chats et des hommes


Les septs vies du chat

Notre histoire approche les dix mille années… Vous imaginez ? Dix mille ans que nos vies se croisent, se suivent, se détachent, se retrouvent… Dix mille ans que nous évoluons côte à côté. Aux premiers jours de l’humanité, nos ancêtres n’étaient à vos yeux rien de plus qu’un gibier comme les autres, une espèce de lièvre ou de lapin aux oreilles plus courtes, un simple animal sauvage.

Notre histoire a véritablement commencé quelque part dans le Croissant Fertile, lorsque vous avez changé de mode de vie, passant du nomadisme à la sédentarité, vous regroupant autour de quelques bêtes et récolte qu’il s’agissait alors de protéger. Attirés par les grains et les céréales, les rongeurs convergèrent vers vos villages et nous les suivîmes bientôt, faisant ce que nous savions faire de mieux : chasser. C’est ainsi que vous vous aperçûtes combien nous pouvions être efficaces… D’animal sauvage, nous devînmes un animal utile.

Nous nous sommes apprivoisés et nous avons accepté de venir vivre à vos côtés, sans pour autant renoncer à notre liberté d’aller et venir où et comme bon nous semble, car pour nous l’ivresse de la liberté sera toujours préférable à votre confort servile. Quand vint le temps de la grandeur Egyptienne, nous fûmes considérés comme des dieux, adulés, adorés, vénérés, parfois même momifiés avec les prêtres et les pharaons. Grâce aux égyptiens que nous avons commencé notre voyage autour du monde conquérant pacifiquement tout le pourtour de la Méditerranée. Quelle époque ! Nous étions passés du statut d’animal utile à celui d’animal sacré…

Etions-nous heureux ? Nul ne peut le certifier, et moi moins que d’autres… Les croyances restent des chaînes aliénantes et parfois tout aussi dangereuses que les superstitions dont nous fûmes bientôt victimes. A l’image de l’ange Lucifer, nous passâmes de la lumière aux ténèbres… Nos qualités devinrent nos défauts ; nos vertus, des vices ; nos habitudes, des diableries. Paresseux, sales, imprévisibles, roublards, voleurs, dépravés et, par-dessus tout, serviteurs de Satan. Nous fûmes pourchassés, persécutés, sacrifiés… L’animal sacré devint un animal maudit.

Au fond, c’était surtout notre soif de liberté que vous vouliez nous faire payer… Seules quelques femmes, libres elles aussi, refusaient cette vision manichéenne et continuaient de nous accorder quelque attention… Il faut dire qu’il y avait entre nous une certaine fraternité, car nous souffrions d’une même persécution. L’homme, cet éternel enfant, n’a jamais compris que l’indépendance n’est pas synonyme de trahison… L’animal maudit se fit fugitif…

Et puis, vinrent les grandes épidémies… La Peste, que transportaient nos ennemis de toujours, les rats. Notre retour en grâce se fit doucement, discrètement, en cat’imini. Nous recommençâmes à être appréciés. Petit à petit, nous retrouvâmes une place dans vos foyers et, pour certains, nous devînmes les rois des salons à la mode. Objets de toutes les attentions, muse des artistes, peintres, écrivains, poètes… tous se ravissaient et s’enchantaient de notre beauté, de notre grâce, de notre noblesse. Le fugitif se transforma en modèle d’inspiration.

Nos liens se resserrèrent, sans que jamais nous ne vous appartenions complètement, nous vous restons cependant fidèles, à la condition que vous respectiez notre indépendance. Nous aimons à vous apporter un peu de sérénité dans cette course effrénée de la vie, un peu de chaleur, une présence amicale, parfois même un véritable soutien dans les moments de doute ou de souffrance. Le modèle d’inspiration devint un animal de compagnie…

Dans ma cervelle se promène,

Ainsi qu'en son appartement,

Un beau chat, fort doux et charmant.

Quand il miaule, on l'entend à peine…

myriam