Destination : 177 , Les 2èmes Jeux Oulipiques d’Ailleurs


Marathon (42 mots extraits du poème de François Coppée):

A Bordeaux, dans une ruelle pas très éloignée de la place des Quinconces,

il est un tout petit monument, dédié à un obscur militaire de la Première guerre mondiale.

Pauvre mort solitaire! Tellement inconnu qu’il ne fut même pas jugé digne à l’époque de gésir à jamais sous l’Arc de Triomphe, c’est vous dire...

Le petit mémorial, d’abord, je vous le donne à voir, si votre vue est bonne, tant il est minuscule : un piédestal de marbre rose, perdu derrière l’unique banc d’un tout petit jardin d’à peine cinq mètres sur six, de coin à coin, très souvent à l’ombre, même en plein jour.

L’inconnu, appelons le Sylvain, par commodité, mais aussi pour lui donner un prénom conforme à son origine, française au vu de son uniforme, y est représenté par une statuette : un poilu mourant au front, dans le soleil couchant, tandis qu’une adorable servante, dont tout le monde se demande bien ce qu’elle fait là à pareil moment, tente doucement de l’apaiser en vain, à l’heure de sa fin, par d’ultimes et, hélas, bien inutiles soins.

Tous deux ont les yeux noirs des statuettes de cuivre, et le regard plein d’amour. Lui, c’est l’amour de la France, en doutiez-vous? Elle, c’est l’amour alors célébré de toutes les veuves de guerre pour leurs hommes disparus...

Pourtant, des questions m’assaillent, dont les réponses se dérobent : Qui était vraiment Sylvain? Un paysan? Un ouvrier? Un instituteur? Etait-il berrichon, dunkerquois ou antillais  ou tonkinois? Le vert couvrant le cuivre n’autorise à faire aucune hypothèse. Et la servante, appelons la Ginette, était-elle vraiment ce qu’elle paraît? La chose mérite d’être étudiée, tant sa posture est étrange : en vertu de je ne sais quel dessein, le sculpteur l’a dotée d’un généreux bassin, qu’elle semble proposer à son héros, pourtant au bord de la nuit, comme une invitation à de tendres ébats!

C’était l’été, c’était le soir. Assis sur le banc devant le mémorial, je méditai (à compte d’auteur?), j’écoutai le vent, mais le ciel était encore clair. La nuit s'annonce, certes, mais à cette heure, elle prend son temps.

Arrivent alors un enfant et sa mère, sans doute pour prendre le frais. Sautant à pieds joints dans le sable, le bambin reste interdit devant le tout petit, mais alors vraiment petit monument et s'écrie : «Maman! Je peux les prendre, les playmobils?»





Liste des 42 mots utilisés :





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Jérôme Daquin