Destination : 194 , Plus vrai que nature


dest. 194 : Plus vrai que nature - Casta Diva

Plus vrai que nature - Casta Diva



Il est quinze heures , vingt et une minutes et quarante-cinq secondes.

Angela Giorgiu chante Casta Diva...



J'installe ma chaise longue en résine blanche sur la terrasse pavée de dalles de céramique ocre moyen. Je dépose un tapis de mousse recouvert d'une toile rayée de vert olive, jaune pâle et blanc. Je veille à le placer face au sud, mais sous les canisses délavées par de nombreux étés

Sur la table basse assortie à ma chaise longue, je dépose un verre décoré d'abeilles et une carafe d'eau fraîche dans laquelle flottent trois rondelles de citrons de Corse.

« Les demoiselles de Provence » font partie de mes lectures hebdomadaires.



Le ciel bleu azur accueille, venant de l'est, des nuages pareils à de gros choux-fleurs. La chaleur est pourtant bien là avec ses trente degrés à l'ombre. Les cigales ne chantent pas encore ici, dans les hauteurs du Var, contrairement à celles du bord de mer.



Les roses aux teintes pastel, les giroflées mauves et les genêts espagnols embaument l'air de leurs senteurs envoûtantes.



Au loin, du côté de la rivière, j'entends les cris et les rires des enfants de l'école du village. Plus près, j'entends le concert des vrombissements des tronçonneuses, des disqueuses et des débroussailleuses. Je suis en vacances perpétuelles, atteinte par l'âge de la retraite.







Je m'installe dans un position mixte : pas tout à fait assise, pas tout à fait allongée. Mes lunettes de soleil sont sur mon nez. J'ai étendu ma crème solaire. Je suis prête à siester.

Je soupire.

Je ne lis pas.

Je regarde, comme si c'était pour la première fois….

Mes genoux… de petites striures se dessinent, alternant peau bronzée et peau plus pâle.

Mes jambes… la peau est légèrement craquelée. Il est urgent de la réhydrater.

Mes pieds, ah, mes pieds, mes liens avec la terre. Je n'ai pas mis de vernis cette semaine , les ongles sont roses. La peau est très sèche. Penser à essayer la nouvelle crème qui fait la une de toutes les revues féminines.



Mes deux pieds ressemblent aux Monts du Bessillon. Au-dessus et sur les côtés, je vois les fleurs de lavandes. Plus loin, la rangée d'iris, dont il ne reste que les feuilles, en bon ordre devant les pierres grises de la vieille restanque.



Sur la droite, les chênes blancs, centenaires ont une ramure pareille à ces papiers dentelle placés sous les pâtisseries.

Sur la gauche, les chênes verts ont été taillés tels des oliviers. Une réussite car la lumière se joue dans le feuillage.

Dans la trouée, s'installent en dégradés de rose, les toiles de tuiles des maison du village médiéval, perché en haut de sa colline.



C'est là que je vis le rythme des saisons.



Je regarde, comme si c'était pour la première fois….



© Danielle M



Danielle M